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Claude Brémard, ancien directeur de recherches au CNRS nous livre son analyse

 

Claude Brémard

106 Chaussée Marcadé 80100 Abbeville Claude Brémard, ancien directeur de recherches

 

Objet : Enquête publique relative au dossier de demande de modification de l’autorisation du  01/02/2013 de la SCEA Côte de la Justice à Buigny Saint-Maclou et Drucat

 

Destinataire : Monsieur le Commissaire Enquêteur désigné par

Monsieur le Président du Tribunal administratif.

 

 

Monsieur le Commissaire Enquêteur,

 

Je tiens à porter à votre connaissance certaines observations quant au projet cité en référence et à ses conséquences prévisibles. Ces observations viennent d’un point de vue citoyen mais aussi d’un point de vue de scientifique de la chimie de l’environnement. Je suis à la retraite, et je n’ai plus l’obligation de réserve, mais j’ai le devoir moral de dire en toute objectivité les problèmes  posés à la société par la mise en œuvre du projet présenté et de ceux du même type. Monsieur le Commissaire Enquêteur, l’objectivité et la véracité de mes observations du point de vue du scientifique peuvent être confirmées par Madame le Recteur de l’Académie d’Amiens qui a certes l’obligation de réserve, mais qui a eu des responsabilités, comme moi-même, à la direction du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) sur la « chimie pour le développement durable ». Mes observations de chimie et de biochimie de l’environnement ne sont pas le fruit d’élucubrations gratuites mais d’un travail de synthèse à partir de travaux récents publiés dans des revues internationales sur la chimie et de biochimie de l’environnement comme : « Environmental Science and Technology », « Agricultural Chemistry », « Food Chemistry », « Chemosphere », « Analytical Chemistry » etc…Ces travaux ont été effectués par des chercheurs de différents pays européens, américains, asiatiques, africains après une procédure de contrôle de comités de lecture.

Les différentes pièces attenantes au dossier  ont été lu attentivement et en particulier le rapport de l’inspection de l’environnement et l’avis de l’Autorité environnementale. Je ne ferai aucun commentaire sur ces avis et rapport, car ils sont basés avant tout sur des critères réglementaires et juridiques et sur l’autorisation de 2013 pour 500 vaches.

Basées sur une étude bibliographique la plus exhaustive possible, et une bonne connaissance de la région mes observations vont concerner principalement les conséquences des pratiques de l’industrie de production de lait de vaches utilisant des fermes avec une forte concentration d’animaux. C’est le cas du projet concerné par votre enquête…dans le périmètre de la Baie de Somme. Les conséquences directes d’une forte concentration d’animaux sont importantes pour la rentabilité de l’entreprise (ferme et méthanisation) dans un contexte très concurrentiel. Les conséquences  indirectes de la concentration de vaches laitières sont aussi importantes sur la  qualité de l’alimentation, la santé humaine, et l’environnement ainsi que sur l’économie et l’emploi dans la région du Ponthieu en particulier.

 

1-Comment est-on arrivé à la situation actuelle de la production laitière dans le Ponthieu ?

Doté de sols fertiles et bénéficiant d’un climat favorable, le Ponthieu est depuis longtemps une grande région d’agriculture et de pâturage, servie au quotidien par des femmes et des hommes avec un savoir-faire reconnu pour fournir une nourriture de qualité aux habitants de la région.

Actuellement, malgré les atouts du Ponthieu, le secteur de l’élevage évolue dans un contexte plus que compliqué. La production locale n’est plus destinée principalement à la population locale. Pourtant, d’après des enquêtes, la consommation de produits locaux répond aux désirs actuels des consommateurs. Il faut le constater, la production locale de lait dont celle de la ferme des « 500 » vaches est destinée majoritairement à l’industrie agroalimentaire avec des acteurs européens et même mondiaux utilisant des circuits longs et inattendus pour les denrées à base de lait et de viande bovine. Les prix à la production sont imposés de fait au plus bas, indépendamment d’une pris en compte d’une qualité véritable, par la concurrence mondiale de quelques grands groupes de la transformation et de la distribution. On fait « miroiter » aux producteurs que la fin de l’encadrement de la production laitière en Europe (Quotas) serait une nouvelle « arme » de croissance économique alors que, actuellement les revenus de la production couvrent difficilement les frais de production. Dans ce marasme latent, les producteurs sont « invités » à se diversifier et/ou à se regrouper, livrés souvent à eux-mêmes ou livrés à la merci « d’investisseurs ».

Certains exploitants ont pris l’option de la qualité bio, d’autres de la vente directe, beaucoup ont pris l’option de la cessation d’activité. Pour ceux qui ont  « choisi » de participer à la concentration en fermes géantes de vaches laitières il est devenu indispensable au point de vue de la rentabilité de jumeler la production laitière avec une autre activité, par exemple la production d’énergie par la méthanisation des déchets. Alors se pose le gros problème du financement de ces installations très couteuses. La solution financière au sein de la profession agricole est très rare et limitée, elle vient souvent  d’apports de capitaux avec des démarches spéculatives parfois ouvertes mais souvent masquées.

C’est dans ce contexte, pour le moins morose, que la demande d’extension du cheptel bovin de 500 à 880 vaches d’une ferme localisée près d’Abbeville et proche de la baie de Somme a été déposée par Monsieur Michel Ramery, le promoteur. Cette demande fait suite à une autorisation de produire du lait par une ferme limitée à 500 vaches laitières accordée en 2013 par les autorités, mais très contestée par la population.

 

2-Le projet des 880 vaches et la modification du système de méthanisation.

L’objectif économique du projet déclaré de ferme laitière est identique à celui de 2013: faire une production de lait en volume sans critère de qualité particulière. La production est destinée à  l’industrie laitière avec des circuits longs. La compétitivité de la ferme doit être assurée par la méthanisation des déchets et la vente du biogaz à un tarif garanti par l’Etat Français. Visiblement la production de lait de 500 vaches n’a pas permis d’optimiser les installations déjà construites dans l’option économique choisie par le promoteur. Cette nouvelle demande devrait régulariser un état de fait notoire : le nombre de 500 vaches en production est largement dépassé actuellement. J’ai pris acte des arguments réglementaires et juridiques avancés par le rapport et l’avis des organismes  de l’environnement concernés qui ont conduit à donner un avis favorable aux nouveaux projets tels quels.  Malheureusement, ce rapport a omis beaucoup d’aspects insidieux du projet que je m’efforce de révéler à la commission d’enquête. Il n’est pas question de contester la méthanisation tant qu’elle concerne le traitement des déchets locaux pour un apport en énergie renouvelable et en limitant les transports de matière. Des réserves sont toutefois formulées quant aux conséquences des épandages des effluents de la méthanisation des déjections de la ferme de Drucat sur la pollution diffuse et la qualité des sols du Ponthieu.

 

Remarques préliminaires

 

Remarque 1 : D’une façongénérale les règlements et les lois dans le domaine de l’écologie et de la santé sont toujours très en retard par rapport aux avancées scientifiques. Malheureusement, il faut souvent attendre des catastrophes ou des scandales par exemple « vache folle », lasagnes à la viande de bœuf/cheval de réforme, etc…pour que la « machine administrative » bouge.

Remarque2 : Il y a une réelle prise de conscience par la population des risques écologiques et sanitaires liés aux pratiques de l’élevage intensif,  bien au-delà des règlements, des normes et des lois existantes. Il est choquant du point de vue du citoyen, que des organismes publics recommandent aux autorités de s’abstenir d’une enquête d’utilité publique. La limitation à 500 bêtes en 2013 n’était-elle donc qu’une manœuvre pour l’acceptabilité sociétale vers les 1000 vaches ? En autorisant une enquête d’utilité publique, les autorités ont heureusement tenu compte de la médiatisation très forte au niveau européen, voire mondiale de la contestation de l’autorisation de la construction d’une ferme dite des 1000 vaches et d’une installation de méthanisation dans un endroit très touristique et réputé: la baie de Somme.

Remarque 3 : Le critère principal du rapport des services de l’inspection de l’environnement pour justifier l’extension de 500 à 880 vaches sur un même lieu est inexact mais certainement réglementaire. Les conséquences sur l’environnement et sur la santé de 4 exploitations laitières de taille relativement réduite dans des lieux séparés avec des pratiques différentes sont moindres que celles engendrées par le regroupement des cheptels en un même lieu, surtout pour un nombre important.

Remarque 4: l’extension du cheptel de 500 à 880 bêtes entraine de fait la disparition de 4 exploitations laitières. Les clauses du contrat qui lient les associés du projet d’extension au promoteur M. Ramery sont inconnues. Mais cet état de fait est symptomatique de l’effet des fermes géantes sur la restriction des possibilités d’emploi réel dans une région agricole avec un passé et un présent dans la production laitière qui implique du personnel très qualifié.

Remarque 5 : L’apport de capitaux est apparemment le domaine exclusif de Monsieur Ramery le promoteur du projet. Or, le groupe  Ramery est connu avant tout pour ses métiers dans le BTP. On ne peut donc exclure une certaine démarche spéculative d’apport de capitaux dans les acquisitions foncières. Par contre la construction d’installations de méthanisation en béton est dans le cœur des métiers du groupe Ramery avec un métier plus récent dans la collecte et la valorisation de déchets.

 

3-Le cheptel bovin.

Les vaches du cheptel sont principalement de la race prim’Holstein, c’est la plus spécialisée en production laitière, championne du monde en quantité de lait produit. La sélection par l’homme a façonné au cours des années une race dédiée exclusivement  à la production de lait. La mamelle de la prim’Holstein est très volumineuse et les trayons adaptés à la traite mécanique. Son abdomen est développé pour pouvoir digérer la plus grande masse de nourriture possible. Toutefois, il y a un revers à la médaille de la production laitière qui est souvent omis. En effet, la sélection de reproduction sur le seul critère de production laitière s’est faite au détriment d’autres critères comme par exemple la résistance aux maladies, la fertilité des reproducteurs et la consanguinité  etc.. Il n’y a pas un gène spécifique de la production de lait chez la vache Holstein ! Il y a un antagonisme entre la sélection sur des critères de production laitière, la fertilité et le système immunitaire. Il faut aussi signaler la grande révolution de la biologie par la révélation de l’épigénétique après les années 2000. C’est un concept qui dément en partie la « fatalité » des gènes et qui met en évidence le rôle de l’environnement en général (maladies, nourriture, température, stress…) sur l’expression des gènes. Malgré les avancées de la technologie, les pertes dues à la mortalité des veaux de races laitières demeurent alarmantes et ce problème ne semble pas prêt de se résorber. Il faut rappeler que la reproduction est un préalable indispensable à la production laitière. Des solutions coûteuses au problème de fertilité sont proposées comme le transfert d’embryon sur les vaches laitières, c’est la GPA (Gestation Pour Autrui) pour vache. La promiscuité des animaux est un facteur très important des cas d’épizooties comme par exemple le virusSchmallenberg qui touchent des élevages des départements du nord de la France. Avec les pratiques courantes des élevages intensifs, les vaches sont réformées (abattues) en moyenne après 3 lactations pour différentes causes, incluant maladies et stérilité. Les veaux mâles sont abattus après plusieurs mois d’engraissement en batteries avec une nourriture de substitution et les veaux femelles quant à elles, sont destinés en principe à la reproduction. Après environ 5 ans tout le cheptel est pratiquement renouvelé alors que la durée de vie d’une vache dans des conditions plus naturelles peut aller jusqu’à 20 ans.  La production de lait ne peut être dissociée de la production de viande des vaches de réforme qui constitue une part important de la consommation de viande bovine. Cette viande dénommée par l’agro-industrie de « minerai de viande » est principalement destinée à la restauration rapide et aux plats préparés avec toutes les dérives possibles.

Si les problèmes de reproduction et de sensibilité aux maladies qui impactent surtout les coûts de revient sont le domaine principal des professionnels, par contre les maladies infectieuses et particulièrement  leurs traitements antibiotiques impactent directement la qualité du lait et des viandes proposées à la consommation de la population.  Par exemple il n’est plus contestable que les pratiques des fermes à grande concentration de vaches favorisent les cas de diarrhées et de mammites. La prévention de la diarrhée et de la mammite (infection des pis) nécessite une bonne maitrise de l’hygiène, de la traite, du logement et de l’alimentation ; c’est rarement le cas dans les fermes géantes qui pratiquent  plus souvent des traitements médicamenteux préventifs incluant les sulfamides et des antibiotiques en dépit de la réglementation.  Certains médicaments diffusent dans le lait, et se retrouvent aussi dans les carcasses des vaches et dans la viande des veaux. Malgré les précautions recommandées, et des normes permissives, des faits avérés de plus en plus nombreux de normes dépassées sont signalés. Pourtant les contrôles sur le lait cru  et la viande à l’abattoir sont nombreux en France. Des échantillons sont prélevés et testés pour s’assurer qu’ils répondent aux normes sanitaires. La réglementation européenne (Règlement CE n°853/2004) fixant les règles spécifiques d’hygiène applicables aux denrées alimentaires d’origine animale, précise que : « tout lait dont la teneur en résidus antibiotiques dépasse la limite admissible est impropre à la consommation et doit être détruit ;  la responsabilité de cet accident revient au producteur dont le lait est à l’origine de la pollution ».

La notion de limite admissible est très relative et ne tient pas compte des pollutions chroniques, qui restent dans des normes réglementaires avec malheureusement des effets cumulatifs. Il faut dire que la détection  des médicaments et leurs métabolites dans la chaine alimentaire est tributaire de la sensibilité des techniques d’analyse chimique et du ciblage des prélèvements. Il a été publié dans la revue scientifique  internationale  « Food Chemistry » que l’on détecte avec des techniques performantes les quantités des nombreux médicaments vétérinaires présents dans le lait en poudre et dans les aliments pour bébés à base de produits laitiers et de viande vendus dans le commerce. Ces résultats devraient inciter  les autorités sanitaires à renforcer le ciblage des contrôles et à améliorer les techniques de détection pour décourager les traitements médicamenteux préventifs systématiques dans l’élevage et l’usage d’additifs chimiques de synthèse dans la transformation. La meilleure façon de traiter le problème à la source  et d’éviter les dérives est de ne pas inciter au regroupement excessif d’animaux en fermes géantes qui favorisent les risques infectieux (recommandation de l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé).

Il faut noter une évidence qui n’est pas souvent pris en compte: une grande partie des médicaments vétérinaires est éliminée dans les déjections des vaches et veaux qui se retrouvent dans le lisier et le fumier. Ces lisiers et fumiers sont, soit épandus directement dans les champs ou soit introduits dans le digesteur de méthanisation. On sait bien peu de choses sur la dégradation des médicaments vétérinaires dans les « digestats » de méthanisation. Il est fort probable que des médicaments incluant des antibiotiques ou leurs produits de dégradation soient épandus dans les champs avec les digestats. Des conséquences délétères sont alors fortement probables. Par exemple, le fonctionnement normal biochimique des sols sera perturbé en affectant la fertilité et en augmentant la résistance de souches bactériennes aux antibiotiques avec un effet cumulatif. Les eaux de ruissellement entraineront inexorablement les résidus médicamenteux soit dans les eaux de rivières ou soit vers les champs captant de l’eau d’adduction avec encore un effet cumulatif.

 De nombreuses études ont démontré que l'utilisation intensive des antibiotiques particulièrement chez les animaux d'élevage, influent fortement le nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques qui se développent de plus en plus. La mutation du patrimoine génétique de bactéries devant une exposition chronique à des antibiotiques les rend multi-résistantes à des familles complètes d’antibiotiques. Ce comportement handicape beaucoup actuellement les traitements des maladies infectieuses en médecine humaine et vétérinaire. Des campagnes de lutte contre ce fléau sanitaire sont incitées au niveau gouvernemental.

4- Confinement du cheptel bovin et conduite du troupeau.

Dans les projets de méga-élevages comme celui des 500 puis des 880 vaches laitières, du fait du changement d’échelle d’environ un facteur 20 par rapport aux élevages classiques, il est impossible dans ces élevages d’avoir un accès aux pâturages et les vaches restent enfermées toute l’année. C’est donc cette option de mode de conduite de troupeau qui a été choisi avec l’aménagement initial du bâtiment déjà construit. Cet aménagement en « logettes » présente des conditions de collecte du lait optimisées et des filières de déjection adaptées (fumier ou lisier) au fonctionnement du système de méthanisation. Quelles que soient les performances de l’installation en termes de commodité, d’automatisation, voire de robotisation, elles n’exonèrent pas néanmoins des risques, cités au point 3, liés à la promiscuité des animaux, ainsi qu’au type de nourriture distribuée. Le confinement des vaches, une nourriture optimisée avant tout pour le rendement en lait, le stress du vêlage dans des conditions peu naturelles, vont constituer un mal être animal qui va être préjudiciable à l’expression génétique (épigénétique) de l’animal quant à son système immunitaire, sa reproduction et aussi à la qualité de son lait. En plus des contrôles sanitaires et des fraudes éventuelles (adultération), des contrôles de la composition en matière grasse et en matière protéique sont pratiqués régulièrement à la ferme. Le prix du lait est d’ailleurs payé au producteur en fonction de ces critères. Toutefois, la qualité réelle du lait ou plutôt des laits est beaucoup plus complexe à analyser. Les qualités requises des laits sont fonction des utilisations par les industriels ; la consommation alimentaire du lait et de ses dérivés restant la plus connue et la plus importante. Au point de vue gustatif simplement, il est évident pour ceux qui ont encore la chance de déguster un lait cru de vache à l’herbe au mois de juin, que son goût n’a rien à voir avec celui d’un lait produit en hiver. Les qualités gustatives et nutritionnelles du lait et des produits laitiers (fromages, yaourts, …) ne sont pas réellement mis en valeur dans la rémunération des producteurs. C’est malheureusement devenu une matière première, un minerai…dans le jargon de l’industrie agroalimentaire.

Dans la recherche permanente de réduction des coûts de production, la mécanisation de la conduite du troupeau se double d’une politique des bas salaires qui fait partie des pratiques des fermes-usines en général. La législation française n’est pas favorable à ce genre de politique, ce qui place les producteurs français en difficulté par rapport à la concurrence internationale sur le marché des produits laitiers. De plus, l’exportation de lait français sans qualité spécifique sera fortement concurrencée par l’investissement de grands groupes mondiaux dans des fermes géantes pour fournir du lait aux usines de transformation et de distribution de produits laitiers « frais » implantées dans des pays à fort potentiel de consommation. Les constructions de méga-fermes ont été signalées en Afrique du Sud, Algérie, Inde, moyen Orient et bien sûr Chine. Le modèle de la démesure et de la mégalomanie en la matière est une ferme de l’Arabie Saoudite où l’on signale 32000 vaches Holstein enfermées en plein désert ! Elles produiraient chaque jour 500 000 litres de lait acheminés par « oléoduc » jusqu’à la fabrique de yaourts ! Les firmes qui véhiculent ce modèle de « camps de concentration » pour vaches avec «  nurserie » intégrée pour leurs besoins commerciaux déclarent aussi travailler pour… un développement durable et la faim dans le monde !

L’implantation des fermes usines avec leurs  modes de conduite de troupeau « indoor » est d’autant plus facile qu’il n’existe pas de tradition fermière familiale dans les régions d’implantation avec une population peu sensibilisée à la qualité de sa nourriture et de son environnement. Dans ce cas les fermes-usines capitalistiques (avec des investisseurs extérieurs) qui ont le « champ libre » comme dans certains états des USA, et en Asie. Par contre quand il existe déjà une tradition de production laitière familiale importante dans la région, l’implantation de fermes-usines se heurte à l’opposition de producteurs locaux non adhérents au méga-projet et à celle d’une opinion publique très active et plus intéressée. C’est le cas dans certains états des USA et en Europe même, y compris l’Allemagne. Ainsi, en Grande Bretagne un projet de ferme géante associé à une installation de méthanisation dans le Nord-Est de l’Angleterre a été abandonné en 2011 après un âpre débat.

5-La nourriture du cheptel bovin.

Il est admis aujourd’hui que la vache est un herbivore ruminant. Pour avoir « oublié » cette évidence pendant quelques années et avoir nourri les vaches laitières avec des farines animales sur des critères de productivité et de rentabilité on a déclenché la crise de la « vache folle » qui a été révélatrice de pratiques irresponsables en élevage et de la fragilité des situations financières des fermes laitières. On avait simplement « oublié » que le système immunitaire de la vache n’est pas le même que celui de la hyène, qui elle peut se nourrir de charogne. La base de l’alimentation des vaches est l’herbe ; la vache possède un système digestif adapté spécifiquement à cet aliment ancestral.  La particularité essentielle du système digestif est le rôle très important des flore et faune intestinales qui participent aussi à la production du lait, lait qui est a priori naturellement adapté à la nourriture des veaux. On sait actuellement bien peu de chose sur le rôle du système nerveux autonome qui régule le système digestif et la sécrétion du lait.

Dans les fermes usines, l’accès des vaches aux pâturages n’est pas prévu. La nourriture est donc apportée à partir de stocks constitués par des cultures aux environs du site mais aussi par des apports venus de loin. Les économistes spécialisés en production laitière expliquent que l’on peut optimiser la production de lait des vaches en affinant les formules alimentaires. Selon les spécialistes, « amener la vache à consommer de grandes quantités d'aliments est la clé d'une production de lait abondante et efficace ». En plus du fourrage les apports énergétiques impliquent du maïs en ensilage alors que les apports en protéines sont fait souvent par du tourteau de soja.  

La culture du maïs est très intéressante en termes de proximité et de rendement, mais elle  valorise mal l’azote des terres  avec une récolte trop tardive qui rend peu efficace les couverts hivernaux pour fixer dans les sols de surface les épandages des « digestats » issus de la méthanisation. Les espèces chimiques solubles (nitrates, phosphates etc…) et particulaires sont entrainés malheureusement  avec une partie de terre arable par les eaux de ruissellement  dans le bassin versant de la Somme avec les risques de pollution diffuse qui peuvent contribuer à la longue… à des « algues vertes » probables dans la baie de Somme si rien n’est fait pour limiter le ruissellement particulièrement dans les zones en déclivité de la vallée. L’usage des pesticides ou « produits phytosanitaires » a contribué à l’essor considérable des rendements de la culture du maïs en particulier. Cet usage excessif et systématique est aujourd’hui remis en cause, avec le développement de résistances aux pesticides chez les maladies ou les organismes que l’on souhaitait combattre. Tout aussi préoccupantes sont les atteintes à la qualité des eaux, à la vitalité des abeilles agents de pollinisation et à la santé humaine, en particulier à celle des agriculteurs.

Dans le Ponthieu, il est évident que la ferme des « 500 vaches » seule n’est pas responsable de la fermeture de captages d’eau pour pollution, mais la culture du maïs en général a une part importante de responsabilité. En France, la pollution des eaux est un sujet majeur d’inquiétude. Il faut dire que les pratiques agricoles et d’élevage intensif ne sont pas les seules causes de la pollution des eaux continentales. Dans les fleuves et les rivières, en aval des stations d’épuration, il a été détecté parmi beaucoup d’autres choses des teneurs non négligeables en médicaments de médecine humaine : tranquillisants (Prozac), hormones des pilules contraceptives et drogues dues aux activités humaines licites et illicites. Ces rejets ont des conséquences inattendues comme le changement de sexe de poisson et une baisse de la reproduction. Dans les adductions d’eau obtenue par captage les normes en vigueur sont souvent respectées, mais des molécules à usage réglementé sont toutefois détectées : nitrates, résidus de chlore, de bromure, d’aluminium, et de pesticides. Les eaux souterraines accueillent les infiltrations et les ruissellements qui auront eu le temps de lessiver le sol et d’entrainer avec eux tous les produits utilisés pour l’agriculture et l’élevage. Les produits chimiques comme les nitrates, les herbicides et les pesticides s’utilisent à grande échelle dans l’agriculture. Ce qui est déversé dans les champs finit dans l’eau souterraine et de surface. De même, les compléments chimiques administrés aux animaux dans les fermes sont une source de pollution des sols puis de l’eau par les épandages de fumier, lisier et digestats de méthanisation. Si la ferme usine est raccordée au réseau des eaux usées alors les matières organiques  naturelles seront effectivement dégradées par les stations d’épuration alors que les résidus médicamenteux vétérinaires échapperont au traitement comme ceux de médecine humaine et seront rejetés dans les rivières.

Des organismes comme l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) sont bien conscients de ces problèmes et testent avec les agriculteurs  des solutions pour réduire l’usage de pesticides et pour lutter contre les « fuites » de nitrates. Il est notamment préconisé la généralisation des couverts hivernaux (colza, ray-grass,…) ou encore… de l’herbe. Faire brouter les vaches, c’est évident. Sauf qu’avec l’intensification des élevages en concentration, suscitée par des incitations productivistes à court terme, elles ne broutent plus tant d’herbe que ça, les vaches ! Et pourtant, cet or vert a de multiples talents, notamment celui de retenir l’azote, afin d’éviter qu’il ne parte trop vite dans les rivières sous forme de nitrates. L’herbe a aussi d’autres qualités dans la rétention et la filtration des eaux de pluie pour en autre, ralentir les inondations (souvenir 2011 inondations de la Somme) et obtenir une eau de qualité dans les captages. Recycler l’azote des digestats de méthanisation par de l’herbe broutée par des vaches, c’est peut-être la solution d’avenir ?

Les apports de tourteaux de soja, en provenance d’ Amérique latine  bénéficient de cultures sur des terres souvent prises sur la forêt amazonienne avec des semences OGM et un grand apport de pesticides et autres intrants. Cette nourriture riche en protéine provoque des apports supplémentaires en azote dans les lisiers. Lors de la méthanisation les composés azotés des lisiers sont minéralisés en nitrates. Le rejet des digestats, même limité sur les terres provoque un apport supplémentaire en nitrate qui n’est pas fixé dans les sols par des couverts hivernaux efficaces. Cet apport extérieur vient perturber le cycle naturel en ajoutant de l’azote non produit sur place, et donc dépassant les capacités de recyclage naturel du territoire ! Concernant les importations de soja par voie maritime, il a été montré que pour garantir la bonne réception de la marchandise, des apports massifs d’insecticides et de raticides sont ajoutés au chargement. Malheureusement, lors du transbordement ces apports sont incorporés de fait dans la nourriture des vaches. D’après les spécialistes, il y a des alternatives peu explorées aux apports de protéines de soja importé avec des cultures locales.

Il est bien entendu que l’ajout d’additifs à action hormonale, anabolisante ou antibiotique dans les aliments distribués aux bovins est interdit. Il est sûr que dans le cadre de surveillance de la qualité sanitaire des produits animaux la recherche de ces substances dans les produits lactés et les viandes est normalement effectuée par les services compétents afin de vérifier le bon respect des interdictions. Il n’empêche que la réalité n’est pas aussi nette ; il faut rappeler  encore que la détection  des médicaments et leurs métabolites dans la chaine alimentaire est tributaire de la sensibilité des techniques d’analyse chimique et du ciblage des prélèvements et que la notion de quantité admissible est très subjective (voir le paragraphe 3 sur les traitements médicamenteux). Décourager des pratiques frauduleuses ou simplement des pratiques cyniques d’optimisation n’est pas une tâche facile eu égard aux efforts faits pour détecter le dopage par des substances analogues dans le sport. Bien que centrée essentiellement sur la production quantitative de lait, la nourriture influe aussi fortement sur les capacités de reproduction, la santé des vaches et donc sur la qualité de leur lait. Une nourriture déséquilibrée provoque des pathologies chez les vaches comme chez les humains d’ailleurs, avec une différence fondamentale : chez les humains le traitement thérapeutique n’est pas l’abattage … ce qui est le cas pour les vaches laitières avec la mise sur le marché de leur « minerai de viande ».

6. Le lait.

Il n’est pas raisonnable de donner un avis sur une ferme de production de lait, un aliment humain, aussi ancestral et aussi universel, mais maintenant contesté… sans avoir quelques notions de base sur la sécrétion du lait par la glande mammaire  ainsi que sur la composition du lait. Sans entrer dans les détails qui sont connus des spécialistes. La mamelle est une glande richement vascularisée et innervée, dont le développement et le fonctionnement sont placés sous contrôle neuro-hormonal. Le lait est élaboré par des cellules glandulaires qui puisent les principaux constituants dans le sang et la lymphe puis les filtrent et synthétisent les constituants spécifiques du lait. Le lait a la même composition en sels minéraux que le plasma sanguin et a des composés chimiques spécifiquement synthétisés par les cellules de la glande mammaire, citons le lactose, la caséine, les matières grasses, etc…

Le lait est un produit naturel très riche et très complexe. Une connaissance même sommaire de sa structure est indispensable à la compréhension  des principaux facteurs qui influent sur sa production et les transformations qui s'opèrent en lui et en ses dérivés au cours du temps et au cours des divers traitements industriels avant consommation. Le lait est un système hétérogène (colloïdal) constitué d'une solution aqueuse de lactose, de matières salines et de plusieurs autres éléments à l'état dissous, dans lequelle se trouvent des protéines à l'état de suspension de petites particules  et des matières grasses à l'état d'émulsion (micelles). La connaissance de la composition chimique du lait est obtenue par différentes techniques analytiques ; la composition chimique varie en fonction d'une multiplicité de facteurs : races animales, alimentation et état de santé de l’animal, période de lactation, ainsi qu’au cours de la traite. Il y a aussi de nombreux composés mineurs incluant enzymes, vitamines, pigments etc…mais aussi des microorganismes. La microbiologie du lait est intimement liée à la production et à l’industrie laitière. Les contrôles effectués à la production sont réels, mais les contrôles devraient être ciblés aussi en aval de la production dans tous les circuits de la transformation et de la commercialisation compte tenu de tous les additifs plus ou moins autorisés dans les produits transformés pour la conservation et donner un goût flatteur pour le consommateur (yaourts, fromages, crèmes, glaces…). Actuellement, l’application des principes généraux d’hygiène permet de prévenir et d’empêcher la transmission de bactéries pathogènes par le lait, elle permet aussi de restreindre le transfert des bactéries pathogènes aux produits laitiers, mais encore de favoriser et de guider le développement de bactéries utiles dans certains produits laitiers.

Aujourd’hui on est  capable d’analyser très finement la composition du lait et d'en évaluer les apports nutritionnels les plus fins contribuant  au goût et à la santé humaine. Par exemple, les acides gras peuvent être quantifiés selon leur profil (omega 3, omega 6...acides gras saturés) et non plus simplement rassemblés sous l’appellation  matières grasses. Les propriétés nutritionnelles et gustatives dépendent en partie des proportions relatives et celles-ci  ne sont pas en faveur de la production laitière des fermes-usines. Il en est de même pour  les protéines (alpha, beta...). La vue et le goût du lait et des produits laitiers sont des moyens d’apprécier simplement la qualité du lait produit par des fermes avec accès aux pâturages. Le lait du printemps est beaucoup plus jaune que celui d’hiver parce que l’herbe fraîche contient énormément de « colorant » naturels. Ces colorants sont en partie détruits en stockant les fourrages. Le lait d’hiver est donc plus blanc. Que dire du lait des fermes-usines ? Des additifs chimiques de synthèse peuvent peut-être donner illusion d’un goût flatteur à une matière généralement sans saveur.  L’abondante publicité pour la consommation de produits laitiers ne manque jamais d’utiliser des images bucoliques de jolies fermières et de vaches dans des verts pâturages. Les véritables critères de nutritionet santé seront-ils pris en compte un jour dans les analyses du lait pour une valorisation réelle du travail à la ferme?

La composition du  lait reflète l’environnement de l’animal qui l’a produit. Dans un environnement pollué, ou suite à une alimentation contaminée de la vache le produisant, le lait peut contenir certains polluants (radionucléides, éléments-traces métalliques, pesticides, etc.). Il peut aussi contenir des polluants liposolubles véhiculés par les matières grasses (dioxine, furanes,  polychlorobiphényles ou PCB) susceptibles de poser des problèmes chez les consommateurs de lait et en particulier chez les enfants. Tous les polluants évoqués sont réglementés et obéissent à des normes … Et pourtant… à partir en particulier d’un travail publié en 2012 dans la revue « Chemosphere » volume 88 n° de juillet pages 307-315, portant sur l’analyse de nombreux laits commerciaux, la vérité chimique est tout autre. L’origine des laits n’est pas connue mais il est fort probable que beaucoup des laits commerciaux à l’international analysés proviennent de production de fermes industrielles. Il a été constaté que tous les laits analysés (26) contiennent des polluants interdits (PCB, pesticides organochlorés, etc…) mais à des doses inférieures aux doses journalières admissibles (DJA) préconisées par les agences internationales. Néanmoins, mauvaise surprise très préoccupante pour les consommateurs, il a été trouvé dans deux laits commerciaux de grandes marques des polluants de type dioxine (polluant réglementé) avec des doses dépassant la dose journalière admissible recommandée par L’Union Européenne !

7. Méthanisation des déjections des vaches

Dans la nature les matières végétales et animales sont dégradées depuis toujours selon des processus complexes de chimie biologique. Dans les sols de surface la dégradation des matières végétales est l’œuvre de microorganismes en présence d’air. Cette voie de dégradation produit en définitive de l’humus et du gaz carbonique ou CO2 connu actuellement pour son action sur le réchauffement climatique. C’est ce même gaz qui sert à la photosynthèse des plantes depuis toujours. La deuxième voie de dégradation s’opère en l’absence d’air par des bactéries dites anaérobiques qui produit du gaz méthane ou CH4, hydrocarbure très volatil et très inflammable et aussi différents produits de dégradation incluant la tourbe dans les marais avec le gaz du même nom qui est en fait du méthane. La libération du méthane dans l’atmosphère induit un effet de serre d’environ 23 fois celui du gaz carbonique. Il faut dire aussi que le gaz carbonique a une durée de vie de 200 ans alors que celle du méthane est d’environ 12 ans dans l’atmosphère. Les dégradations des matières végétales s’opèrent aussi dans les systèmes digestifs, celui de la vache en particulier produit aussi du méthane. Ce type d’émissions est sans effet sur le réchauffement climatique si la végétation est suffisante pour absorber les émissions. C’est ce qu’a fait la nature pendant des millénaires. Ce n’est pas le cas des émissions de CO2 dues à la combustion des hydrocarbures fossiles (gaz, essence, kérosène, charbon …) utilisés pour le chauffage et les transports qui introduit un gros déséquilibre par rapport aux capacités de fixation du CO2 par la nature.

Le procédé de méthanisation de matière organique dans une installation est inspiré de la nature pour produire du méthane à des fins domestiques et industrielles en utilisant des microorganismes adaptés et efficaces. Les procédés sont bien connus et  utilisés depuis longtemps. La transition énergétique leur a donné une actualité rentable. Ils fonctionnent avec quelques contraintes pour les déchets agricoles et en particulier le fumier et le lisier bovin mais aussi avec des conditions de sécurité nécessairement importantes vu la volatilité, l’inflammabilité et l’explosivité du méthane. Toutefois, la totalité des matières introduites dans le « digesteur » n’est  pas transformée en gaz, principalement CH4 et CO2. Les résidus non-biodégradables dans le digesteur sont appelés digestats. Ces digestats sont des suspensions de lignine (nonbiodégradable) venant des végétaux dans des solutions salines qui contiennent des espèces minéralisées à l’état de nitrates, à l’état de phosphates et contenant des sels de potassium. Les teneurs en métaux venant du fond géologique transférés dans les plantes sont attendues inférieures aux normes réglementaires ainsi que les polluants réglementés (PCB et hydrocarbures aromatiques polycycliques). Les digestats de l’installation de Drucat  seront sous la forme de liquide turbide contenant 11% de matières sèches. Il est prévu de les utiliser en épandage dans les champs pour valoriser en interne le pouvoir fertilisant, mais aussi de valoriser les digestats par compostage. Le document fourni à l’appui de la demande d’autorisation du système de méthanisation de Drucat présente correctement la technologie et est en accord avec la bibliographie disponible dans le domaine.

Toutefois, certains effets délétères des digestats ont été omis ; comme par exemple les germes pathogènes (entérocoques) qui peuvent poser des problèmes et aussi des émanations d’ammoniac (NH3) et de protoxide d’azote (N2O) lors des épandages. Mais le plus important à souligner est qu’il n’est pas tenu compte de la nature particulière des lisiers et fumiers contenant les déjections des vaches d’une ferme-usine avec une forte concentration d’ animaux. Il faut rappeler que la composition chimique des digestats dépend beaucoup des matières introduites dans le digesteur. Rien ne se crée, tout se transforme dans la méthanisation comme ailleurs. Le fort potentiel de dégradation des microorganismes (biocatalyse) ne peut pas faire tout.

Dans le présent document :

- Il a été souligné page 4, que dans les ferme-usines, la promiscuité des animaux était la cause principale de cas très fréquents de diarrhées et de mammites en autres pathologies.

 -Il a été également souligné page 5, que la nourriture distribuée dans les ferme-usines était un vecteur des résidus de pesticides et autres produits exogènes utilisés dans les cultures de maïs et de soja pour le lait et la viande des bovins.

-Il a été noté page 4, que les traitements médicamenteux préventifs, mais aussi curatifs induisaient des migrations partielles de substances dans le lait et la viande des animaux provenant des ferme-usines. 

-Il a été aussi noté page 8, que des normes nationales et européennes régissaient les doses maximales admissibles des polluants réglementés requises avant la mise sur le marché des produits laitiers.

-Il a été fait le constat page 9,  que les normes réglementaires n’étaient pas un obstacle suffisant pour empêcher beaucoup de produits commerciaux (laits, dérivés laitiers et de dérivés à la viande bovine) de contenir des polluants réglementés parfois au-delà, des doses réglementaires.  

Toutes ces constatations sont révélatrices de la présence massive et systématique de produits exogènes réglementés ou non dans la nourriture animale et dans les soins vétérinaires des ferme-usines. Il faut savoir que  la plus grande partie des médicaments et additifs alimentaires est éliminée par les animaux dans les déjections et entrainée dans le lisier et le fumier. Le fumier et le lisier seront introduits tels quels dans le digesteur de l’installation de Drucat. Le dossier ne fait aucunement mention de ce problème majeur pour la sécurité sanitaire des épandages. De plus, il a été écrit dans la demande d’autorisation que les eaux de nettoyage et de désinfection de la zone de dépôts de cadavres seraient collectées et ajoutées au lisier. Il est évident dans ce cas que les médicaments contenus dans les déjections, les produits de désinfection et de nettoyage seront à la charge du digesteur.

 Néanmoins, ces problèmes fondamentaux sur la qualité des digestats sont évoqués par les spécialistes qui ont constaté les faits sans apporter de solutions satisfaisantes pour le moment. Il a été écrit que la persistance des antibiotiques, pesticides, etc. dans les digestats était mal connue et souvent non prise en compte. Après épandage dans les champs, la persistance, la migration ou la dégradation de ces mêmes produits polluants n’est pas connue et souvent ignorée. Pourtant des analyses de sols révèlent la présence de ces polluants. L’effet de ces polluants chimiques de synthèse n’est pas anodin sur les microorganismes nécessaires au bon fonctionnement des sols (fertilité), l’effet de ces polluants est aussi un facteur important de progression de la résistance aux antibiotiques de certaines souches de bactéries. Evidemment, les eaux de ruissellement peuvent véhiculer ces polluants vers les rivières et les champs captant. L’effet fertilisant des digestats sur les cultures est analogue à celui des engrais chimiques et il en a aussi les inconvénients par sa facilité à la migration dans les eaux de ruissellement sans un couvert végétal hivernal efficace. Les plans d’épandage des digestats ont l’ambition de limiter la migration des nitrates, phosphates, etc. par les eaux de ruissellement mais ne prennent pas  en compte la pollution par des résidus de médicaments et d’additifs alimentaires. Le contenu des digestats et leur épandage restent toutefois à l’initiative de l’exploitant et de son bon vouloir. Dans le document fourni par le promoteur le compostage des digestats est simplement évoqué. Le passage des digestats de méthaniseurs agricoles d'un statut de déchet à produit (commercialisable) est l'un des enjeux affichés par le plan "Energie méthanisation autonomie azote". La constance de composition du digestat imposée par sa reconnaissance comme un produit constitue un défi pour les exploitants car le produit est fonction des entrées de matières avant une potentielle homologation ou normalisation. Il est souhaitable que la présence de germes pathogènes et de résidus de médicaments et autres additifs dans les composts soit  résolus avant toute mise sur le marché des fertilisants pour n’avoir pas à gérer plus tard des problèmes graves de qualité de sols.

Conclusions

Les arguments objectifs et pragmatiques développés ci-dessus autorisent les observations suivantes :

1.      La concentration de nombreuses vaches laitières en une ferme unique comme à Drucat favorise la conduite du troupeau pour une production très performante en volume de lait. l’automatisation des installations réduit les interventions humaines et abaisse les coûts de production. Le jumelage de la ferme laitière avec un système de méthanisation des déjections animales augmentent encore la compétitivité de la production laitière à l’international tout en participant aux ressources énergétiques renouvelables avec la production de fertilisants.

2.      La création d’emplois de personnels dans l’entreprise ne compense pas les pertes d’emplois qualifiés et particulièrement ceux dans le Ponthieu. La législation française n’est pas favorable aux très bas salaires, ce qui place les producteurs français en difficulté par rapport à la concurrence internationale sur le marché des produits laitiers.

3.      Les choix de productivité par concentration du cheptel (type de race laitière, conduite du troupeau en promiscuité, nourriture  ciblée etc…) induisent une fragilité particulière  aux maladies du cheptel, et une baisse de ses capacités de reproduction. Ces faits sont préjudiciables à la rentabilité de l’entreprise comme à celles du même type et ne donnent pas de bonnes perspectives économiques dans la durée.

4.      La sensibilité des animaux aux maladies infectieuses chroniques due au confinement nécessite des traitements médicamenteux préventifs, mais aussi curatifs qui induisent des migrations partielles de substances dans le lait et la viande des animaux provenant des ferme-usines.  Il a été fait le constat que les normes réglementaires et les contrôles n’étaient pas des obstacles suffisants pour empêcher la commercialisation de produits laitiers et à base de viande qui contiennent tous des polluants réglementés parfois au-delà des doses réglementaires.

5.      La qualité courante des laits produits par les ferme-usines est en général irréprochable quant aux germes pathogènes. Il n’en est pas de même de l’aspect gustatif des produits laitiers qui ne sont pas destinées à priori aux appellations de renom ; par exemple le label « Baie de Somme » avec un gain de valeur ajoutée.

6.      L’abandon de l’herbe comme nourriture principale dans les ferme-usines comme celle de Drucat, implique de fait l’abandon des pâtures au profit des cultures de maïs. Hormis la perte de paysage verdoyant de l’environnement de la baie de Somme surtout en hiver, cette nouvelle pratique a pour conséquences une sensibilité accrue aux eaux de ruissellement qui favorise les inondations, la perte des fertilisants et des produits phytosanitaires employés particulièrement pour la culture du maïs. Ces conséquences sont préjudiciables à la qualité des eaux et favorisent la perspective  d’algues vertes en baie de Somme. Il est à ajouter que l’utilisation, aujourd’hui indispensable dans le contexte actuel, de produits phytosanitaires dans les cultures ne crée pas un biotope facilitant le développement et même le maintien des populations de perdrix dans les plaines du Ponthieu.

7.      La nourriture distribuée aux animaux dans les ferme-usines comme celle de Drucat nécessite des apports supplémentaires en protéine qui sont fournies par des importations massives de tourteaux de soja. Ces cultures lointaines de soja impliquent la déforestation, l’emploi massif de semences OGM et de traitements phytosanitaires qui y sont associés qui sont plus que suspectés de créer des malformations infantiles ; avec en plus un bilan carbone très négatif par rapport au réchauffement climatique.

8.    Les systèmes de méthanisation agricoles sont encouragés à bon escient par les autorités pour la gestion des déchets et la production d’énergie renouvelable.  Toutefois dans les ferme-usines comme celle de Drucat les médicaments et les additifs alimentaires utilisés systématiquement et massivement sont rejetés par les animaux majoritairement dans leurs déjections et incorporés de fait dans les lisiers et fumiers. L’introduction de ces matières dans le digesteur de méthanisation pose des problèmes graves. Le dossier ne fait aucunement mention de ces problèmes pour la sécurité sanitaire des épandages. En particulier lors des épandages des digestats comme fertilisants dans les champs, l’effet de ces polluants chimiques de synthèse n’est pas anodin sur les microorganismes nécessaires au bon fonctionnement des sols, l’effet de ces polluants est aussi un facteur important de progression de la résistance aux antibiotiques de certaines souches de bactéries avec en supplément tous les risques potentiels pour la qualité des eaux.

La prise en compte des critères 1 et 2 seuls font qu’ils sont favorables à l’extension du cheptel de 500 è 880 vaches dans le respect, je pense de la législation existante. Ces critères relèvent principalement des intérêts particuliers du promoteur et de ses actionnaires  dans une optique de développement économique du siècle dernier avec une concentration des structures et une perte d’emploi du secteur agricole assumée.

 La prise en compte des critères 3, 4, 5, 6 ,7 et 8 font que l’ensemble des critères n’est pas favorable globalement à l’extension de cheptel de 500 à 880 vaches comme il n’aurait pas été favorable à la création à une ferme de 500 vaches en 2013. La prise en compte des impacts réels du changement d’échelle des fermes laitières  sur l’alimentation, la santé humaine et sur l’environnement relève d’une optique de développement durable véritable. Les dégâts prévisibles dus au chômage, à la santé humaine et à l’environnement de la baie de Somme seront à la charge des collectivités locales, de la région et de l’Etat. Le cas de la ferme-usine de Drucat est symptomatique des autres ferme-usines du monde et de leurs effets néfastes sur l’alimentation, la sécurité sanitaire, la nature et les échanges mondiaux pour une transition agroécologique vitale pour la planète. Quant au réchauffement du climat sur la planète Terre, c’est l’objet de la conférence COP 21 de Paris qui se tient actuellement !